Archives de Catégorie: sorties BD

57 dessinatrices, scénaristes, auteures de BD sur les rayons en mars

Certains éprouvent des difficultés à dénicher des dessinatrices, scénaristes, auteures de BD. Si, si, en tout cas, c’est ce qu’ils prétendent.
Mais c’est pourtant très simple d’en trouver qui dévoilent tout leur art et la diversité de leurs créations !! Où, mais en librairie tout simplement, et oui, il suffisait de sortir un peu… Rien qu’en mars dernier, elles ont été 57 à publier une nouveauté ! Alors, bravo, merci à vous toutes, continuons, continuez, encore !!
Pour toutes et tous, la liste est ici (cliquez)

Encore merci à Gilles Ratier pour cette liste.
N’hésitez pas à nous faire part d’un oubli… après tout, nul(le) n’est à l’abri d’un oubli…

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Lisa Mandel signe Vertige avec Hélène Georges

Lisa Mandel, lauréate du prix Artémisia 2009 signe avec Hélènes Georges un conte poétique sur les miroirs de l’intériorité. Une chronique de Lucie Servin pour bdsphere.fr.

Lignes de fuite et destins croisés

Aux antipodes de l’univers de Laureline Mattuissi, Lisa Mandel et Hélène Georges offrent en duo une fable contemporaine sur l’oppression et le désir d’évasion au féminin. Deux femmes. Une blonde, une brune. Deux trajectoires. Deux univers qui s’entrecroisent et se répondent dans une dualité graphique balancée entre le bleu réaliste et le rouge onirique, soutenue par un scénario d’une rare densité. Le dessin faussement naïf d’Helene Georges sert ce récit haletant, renforcé par l’intensité des silences laissés par les planches muettes. Une ligne de coke de trop et Vertige, une jeune actrice hollywoodienne, est sauvée de la piscine, réanimée de la noyade et transportée à l’hôpital. Adelia, l’acrobate de haute voltige, est la vedette d’un petit cirque qui rêve de s’affranchir de la pression de son mentor, Reginaldo, le chef de la troupe. La fugue de l’une répond aux tendances suicidaires de l’autre. Destins fragiles et funambules qui essayent en vain d’échapper au fil de la réalité.

Vertige, Lisa Mandel et Hélène Georges, KSTR, 120 pages, 17 euros.

La lionne, le nouvel album de Laureline Mattiussi

Laureline Mattiussi, lauréate du prix 2010 et membre du jury de l’association Artémisia signe le premier tome d’une trilogie, une orgie dans les bas-fonds de l’Antiquité.

La chronique de Lucie Servin sur www.bdsphere.fr

Laureline Mattiussi, l’aventure au féminin

Après son diptyque L’Ile au Poulailler, Laureline Mattiussi sort le premier tome de sa nouvelle trilogie intitulée La Lionne. Une épopée dans les bas-fonds d’une Rome décadente et licencieuse.

Mineur s’abstenir. Dans le paysage de la bande dessinée actuelle, Laureline Mattiussi détonne par son tempérament farouchement libertaire. Depuis son diptyque L’Île au Poulailler pour lequel elle avait reçu le prix Artemisia en 2010, la dessinatrice s’était lancée à l’abordage du récit d’aventure en mettant en scène une piratesse particulièrement cocasse. Malmenant le genre, inversant les rôles, ce récit audacieux renouvelait d’un seul coup les stéréotypes graphiques et littéraires en s’appropriant avec humour le mythe du flibustier revisité au féminin. Laureline travestit, transforme tout en gardant l’essence, la violence, le chacun pour soi et la liberté à tout prix. Aujourd’hui dans un autre registre, elle récidive, plongeant dans le stupre de la “cloaca maxima” (le grand égout collecteur de Rome) pour mettre en scène la débauche de la société romaine du siècle de Cicéron. Sur le scénario d’un jeune auteur, Sol Hess, cette nouvelle trilogie emprunte à l’Histoire, rappelant cette Rome décadente de la luxure, de l’orgie et de la prostitution. Les riches s’ennuient et se payent les esclaves sexuels au moment où la ville entière, la plèbe en première ligne, est menacée par la peste. Dans ces scènes volontairement choquantes, les cases se délectent d’une description crue de partouzes géantes et bestiales, abreuvées d’ivresse. Les graphismes atténuent la dureté du propos. A 33 ans, artiste accomplie, iconoclaste et irrévérencieuse, Laureline Mattiussi a su très rapidement imposer son style caractérisé par un trait expressif, directement identifiable, qui emprunte sa précision à la ligne claire en associant à la douceur des courbes des corps le grotesque des expressions des visages. Elle a trouvé en Isabelle Merlet une complice pour sublimer son travail par la couleur. La coloriste procède par aplats, dégageant par le jeu de contraste les profondeurs ou les textures des cases. Dans ce méli-mélo corporel abject et obscène, Léa, la Lionne, est une des courtisanes les plus prisées de Rome.

Son maître Egnatius l’a loue au plus offrant avec des contrats d’exclusivité. Après le poète Catulle, discrédité par sa poésie au milieu d’un bordel hypocrite, Publius a déjà signé pour un an. Dans un décor qui reprend autant au Satyricon de Pétrone vu par Fellini qu’à l’étude très sérieuse de Catherine Salles sur les bas-fonds de l’Antiquité (1), la Lionne aux yeux verts pourfend les préjugés avec humour, imposant son autorité féline parmi les louves – du nom qu’on donnait aux prostituées à Rome et qui est d’ailleurs à l’origine du mot lupanar. Courtisée par tous, voluptueuse et manipulatrice, cette lionne n’a rien d’une esclave soumise et rappelle l’héroïne pirate du précédent dytique. Pire, emprisonnée, elle parvient à s’enfuir lorsqu’on la croit mère. Car derrière le dessin et les bulles volontairement licencieuses, cette femme qu’on vénère n’a que deux rôles à jouer ; la mère ou la putain, à l’image du rôle que cette société réserve aux femmes. Une ironie crue, violente et décalée comme les crayons de cette dessinatrice aventurière et audacieuse.

(1) Les Bas-fonds de l’Antiquité, Catherine Salles, Fayot.

La Lionne, Tome 1, Sol Hess et Laureline Mattiussi, Treize Etrange, 48 pages, 15,50 euros.

Les bonne manières : la parité

 

Au mois de mars est paru ce recueil de courts récits sur le thème des bonnes manières. Sur les dix auteurs réunis par Thierry Groensteen, directeur de la collection l’An 2 chez Actes Sud, cinq sont des femmes. Un souci de parité suffisamment rare en bande dessinée pour être salué ! Et à porter au crédit de Thierry Groensteen : lorsqu’il dirige l’éphémère collection « Histoires graphiques » chez « Autrement » dans les années 90, il a déjà le souci qu’une femme apparaisse parmi les auteurs de chaque album collectif thématique de la collection. Quelques années plus tard, lorsqu’il crée sa propre maison d’éditions, il affole le petit monde du neuvième art avec une collection réservée aux femmes : « Traits féminins ». Des auteures confirmées comme de jeunes auteures inconnues du public ou traduites pour la première fois en français y trouvent une place de choix : Jeanne Puchol, Johanna (sous le pesudo de Nina), Anne Herbauts, bien connue pour ses illustrations jeunesse, mais aussi la Tchèque Lucie Lomovà, l’Allemande Barbara Yelin, l’Espagnole Sonia Pulido, la Finlandaise Kati Kovacs, la Hollandaise Gerrie Hondius, l’Anglaise Simone Lia, l’Américaine Gabrielle Bell…

 

Mais revenons aux présentes « Bonnes Manières ». Conçues ironiquement sur le modèle des traités de savoir-vivre, les nouvelles réunies dans cet album abordent de manière décalée les bonnes manières dans différentes occasions.

 

Quelques extraits :

Renouant avec le ton de « Dessous troublants » (Futuropolis, 1987), Jeanne Puchol, une des fondatrices d’Artémisia, y traite avec noirceur et ambivalence des bonnes manières aux enterrements.

 

 

Sandrine Martin, déjà publiée aux éditions de l’An 2 (« Le souterrain », livre illustré sur des textes de Xavier Gélard et « L’œil lumineux », tout récemment sorti) a choisi le ton du conte avec « Un loup bien élevé ».

 

 

 

Gabrielle Piquet, dont le jury Artémisia avait remarqué le beau premier album « Trois fois un » (adaptations de nouvelles de Tonino Benacquista parues en 2007 chez Futuropolis), signe « Les bonnes manières… au bureau », étude grinçante d’une journée de travail dans un centre d’appel.

 

 

 

Natacha Sicaud, dont on a déjà repéré le trait élégant dans des collectifs (Requins Marteaux, Choco Creed, L’Association) ironise avec acuité sur « Les bonnes manières… dans le métro ».

 

 

 

Barbara Yelin, auteure de deux albums parus aux éditions de l’An 2 (« Le visiteur », dont le dessin charbonneux fait penser au grand artiste William Kentridge, et « Le retard ») nous livre un « Rendez-vous surprise » à la fois tendre et désabusé.

 

Quant aux cinq hommes présents, il s’agit d’Edmond Bauduoin, Ludovic Debeurme, François Ayroles, Anthony Pastor et Benoît Jacques.

Lire la présentation de l’album par l’éditeur