Archives mensuelles : septembre 2015

Dessinatrices : le débat se poursuit

après la Charte des créatrices de bande dessinée contre le sexisme et la réaction de Thierry Groensteen.

Je comprends parfaitement que les dessinatrices sollicitées pour l’expo en Belgique aient eu envie de dire “merde !” Je comprends leur sentiment, d’où mon nom parmi les leurs alors que l’on ne m’avait pas invitée et que je ne partageais pas tous leurs arguments, loin de là. Mais exposer des dessins de “filles pour les filles”, tssss ! et pourquoi pas leur construire un poulailler !? “La bédé des poulettes pour les poulettes”. Le Grand Gentil Marché ne recule devant aucun sacrifice (de l’identité des créatrices).

En réalité, le problème est complexe, les pièges nombreux et ils sont souvent énormes, (ce qui fait qu’on ne les voit pas toujours.)

Etre femme ET dessinatrice est une situation objective qui suppose de résister aux dominants de sexe et de classe qui cherchent à nous réduire à notre “corps sexué” et à en tirer profit au détriment de nos personnalités (parfois dérangeantes). Mais en même temps, il faut aussi se battre à partir de lui et avec lui –ce corps sexué- et de ce qu’il doit affronter dans une société bourgeoise et patriarcale en pleine régression. Il nous faut être femme, (ou changer de sexe ?), sans se renier en tant que telle, ET se battre pour ne pas être réduite à nos organes reproductifs.

Quand à Artémisia, comme le rappelle justement Thierry Groensteen, elle se bat CONTRE le sexisme et le machisme qui sévissent dans la bande dessinée de 7 à 77 ans, pour que soit mieux éclairées, mieux considérées, mieux valorisées les œuvres des femmes, soit un travail de “discrimination positive” (quel nom !). Je ne vois pas où est l’ambiguité là-dedans, pas plus que dans l’expression ”bande dessinée féminine”, ma chère Jeanne Puchol. Nous avons choisi toi et moi, en toute liberté, les mots et les phrases qui accompagnent désormais cette action, ne les renions pas sous les coups des adversaires, qui sont des deux sexes.

Ce n’est pas en nous déguisant en coq ou en nous faisant plus grosses et musclées que Popeye, que nous échapperons au poulailler.

Chantal Montellier

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Communiqué

Le jury d’Artémisia s’est réuni hier autour d’une vingtaine d’ouvrages, il est composé de:

– Eva Almassy, écrivaine, complice des “Papous” dans la tête de France Culture
– Odile Conseil, journaliste, créatrice du festival Ciné Salé, également “Papous”
– Jean-Christophe  Deveney, scénariste de bande dessinée, enseignant (scénario)
– Céline du Chéné, productrice à France Culture, chroniqueuse et reporter (émission “Mauvais genres”).
– Karim Miské,  réalisateur, et romancier
– Chantal Montellier, bédéaste, fondatrice du Prix Artémisia
– Catel Muller, bédéaste pour adulte et jeunesse ; illustratrice
– Patrig Pennognon, poète, journaliste culture et militant altermondialiste.
– Olivier Place, directeur des librairies Flammarion (Beaubourg).
– Silvia Radelli, plasticienne.
– Donatella Saulnier, écrivaine, critique littéraire, traductrice roman et bd (Hugo Pratt), médiatrice culturelle
– Rachel Viné-Krupa, écrivaine, libraire (Quilombo), spécialiste de l’art mural mexicain, de Frida Kahlo et de  Tina Modotti,

Accompagnatrice et témoin : Sigrid Gérardin, militante féministe, syndicaliste, secrétaire générale du SNUEP-FSU secteur éducation.

Au cours de cette réunion 13 albums ont  déjà été retenus. Une seconde réunion aura lieu mi novembre, au cours de laquelle une liste définitive sera établie puis publiée, liste dans laquelle sera choisi l’album primé.
Le nom de la lauréate sera annoncé comme chaque année le 9 janvier, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir.

Tous ces livres méritent selon nous d’être pris en considération.
-LES VOYEURS, Gabrielle Bell – Actes Sud
-PRETTY DEADLY, Kelly Sue de Connic – Glénat
-HIVER ROUGE, Anelli Furmarck, traduction Fanny Törnberg – Cà et là
-GLENN GOULD, Sandrine Revel – Dargaud
-NORA, Léa Mazé – Les éditions de la Gouttière
-LE JARDIN DE MINUIT, Edith – Soleil
-FATHERLAND, Nina Bunjevac – Ici Même
-JISEUL, O Muel-Keum Suk Gendry-Kim – trad. Melissa David – Sarbacane
-LE PIANO ORIENTAL, Zeina Abirached – Casterman
-MOURIR CA N’EXISTE PAS, Théa Rojman – La Boite à Bulles
-COMMENT NAISSENT LES ARAIGNEES, Marion Laurent – Casterman
-L’ANNEE DU CRABE, Alice Baguet – Vraoum
-POINT DE FUITE, Lucia Biaci – Cà et là

Nous signalons également la publication de l’album Adieu Kharkov, T. 1 dessiné et mis en scène par deux femmes de talent et d’un très grand professionnalisme, Catel Muller et Claire Bouilhac, dont les styles pour cette occasion s’épousent à  la perfection. Ce livre autobiographique, d’une grande richesse visuelle et romanesque, est tiré d’un récit écrit par la célèbre actrice Mylène Demongeot  qui pose  sur sa propre histoire  et celle des siens  (de l’Ukraine à la France du Sud en passant par la Chine! ) un regard distancié mais très tendre.
Ce bon album au féminin pluriel est publié dans la collection Aire Libre des éditions Dupuis.

BDegalite.org

Artemisia se félicite que le combat féministe prenne de l’ampleur et que des dessinatrices se solidarisent autour d’un charte dont voici le lien: http://bdegalite.org/

Artemisia lutte pour cette reconnaissance des talents féminins dans le 9e art depuis des années (une dizaine) dans une relative indifférence du milieu BD.
Les débats sur la conception de la création dans le domaine de l’art narratif  et de la place de l’imaginaire féminin ne font que commencer,  et risquent d’être vifs, mais cela ne doit pas masquer le plus important: le  ras le bol du machisme et du sexisme.
Nous invitons cette nouvelle association à dialoguer avec nous et à se joindre à nous pour la remise du prix Artémisia 2016 en janvier prochain.
Solidairement.
Artemisia
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PS: Un seul petit bémol –personnel- toutefois: le choix du dessin pour illustrer cette initiative. Olive Oyl s’appropriant un symbole de la masculinité: la pipe de Popey (macho ivrogne), tout en ambitionnant de se faire plus grosse que le bœuf des comix américains (autre domination). Est-ce là une image idéale de l’émancipation féminine? ou une l’expression plus ou moins consciente du désir de se parer des plumes du coq et des symboles de la virilité? Donc, d’être dans un fantasme machiste.  Les femmes ne sont pourtant pas des hommes comme les autres et la libération des femmes et des dessinatrices ne sera effective que le jour ou les femmes revendiqueront fièrement leur histoire (historique) et leur identité sexuelle, avec tout ce qui en découle pour le meilleur et le pire.

Par ailleurs je m’étonne qu’il y ait si peu de femmes de plus de 50 ans dans ce groupe, (dont moi qui n’ai pas été invitée à signer, ce que je regrette!?) Les ainées sont-elles des… ennemies de sexe?

Amicalement
Chantal Montellier