Claire Bretécher, une femme d’exception

Le succès a offert à Claire Bretécher une reconnaissance précoce et l’artiste a longtemps servi malgré elle de prétexte féminin au monde de la BD dominé par les hommes

De la génération des pionnières comme Nicole Claveloux, Florence Cestac ou Chantal Montellier, Claire Brétécher se distingue à une époque où la production de bande dessinée est presque exclusivement écrite pour et par des hommes. Drôle, corrosive, cynique et cinglante, elle s’impose pourtant rapidement avec un don manifeste du gag et de la caricature bien placée. Née à Nantes en 1940, Claire Bretécher quitte rapidement la province pour la capitale et débute sa carrière de dessinatrice auprès de différents journaux, comme beaucoup d’artistes à cette époque. Après une première collaboration avec René Goscinny en 1963, elle se lance dans la bande dessinée en travaillant entre autres pour les magazines Record, Tintin, Spirou, puis Pilote… En 1969, elle entreprend sa première série chez Dargaud, Cellulite et, en 1972, elle participe à la création de L’Echo des Savanes avec ses amis Gotlib et Nikita Mandryka. Enfin à partir de 1973, elle collabore au Nouvel Observateur, qui lui consacre bientôt une page hebdomadaire intitulée “la Page des Frustrés”. Elle se lance alors dans l’autoédition assurant son indépendance d’esprit et de style.

Une humoriste sociologue

Claire Bretécher est une artiste prolifique et son oeuvre foisonnante révèle toujours des surprises qu’on la découvre ou la relise avec une sensibilité nouvelle. Acide et décapant, son humour au vitriol s’attaque sans méchanceté au quotidien où elle dresse d’un trait vif et efficace, en percutant l’essentiel, le portrait de ses contemporains. Singeant les générations, les couples, la famille, les amitiés, les comportements socioculturels en tout genre, l’artiste a le don de croquer les tics d’une époque depuis Le Bolot Occidental dans Le Sauvage, Les Frustrés, Les Gnangnan, La Tourista jusqu’à sa petite dernière née en 1988 Agrippine, l’éternelle adolescente désabusée de 14 ans. Avec justesse, Claire Bretécher sait également rire d’elle-même traitant depuis Cellulite des excès du féminisme qu’elle stigmatise tout en défendant la cause des femmes. Dans un des gags des Frustrés intitulé “la Femme et la création”, elle semble faire une introspection personnelle à travers le personnage de Janine Lemercier interviewée comme la seule représentante féminine de la sculpto-architecture, qui s’enferme dans des circonvolutions d’excuses conjuratoires sur sa position d’artiste privilégiée.

 Un langage corrosif

Claire Bretécher est aussi et surtout une très grande scénariste. Le succès de ses gags révèle des mises en scènes construites à la manière de scénettes de théâtre où le lecteur est rarement déçu par la chute. Mais à l’intérieur des cases, l’auteure crée ses propres néologismes et s’invente un langage jubilatoire et corrosif empruntant à l’argot, au verlan et aux expressions populaires qu’elle remodèle à sa convenance. “H comme Femme” et “F comme Homme” dirait- elle. “Tu grésilles du moëllon !”, répondrait son Agrippine, l’ado râleuse et teigneuse, en révolte avec son doigt tendu bien haut. En octobre dernier, Claire Bretécher publiait un art book inattendu, intitulé Dessins et peintures aux éditions du Chêne révélant les différents aspects de son travail. Ces oeuvres inédites animées par les commentaires qui dévoilent son univers artistique et ses inspirations permettent de saluer encore une fois son talent.

Ecrit par Lucie Servin sur www.bdsphere.fr

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