Ah ! Nana, l’histoire d’une censure

 

Avant-gardiste, sans doute même trop, Ah ! Nana a constitué une expérience éditoriale unique. Publiée entre 1976 et 1978, cette revue trimestrielle a été réalisée par des femmes et visait un lectorat féminin. Elle s’inspirait à l’origine d’un magazine américain apparu en 1970, le Wimmen’s comix. Créée à l’initiative de Jean-Pierre Dionnet, le fondateur de Metal Hurlant et des Humanoides associés, la revue s’organise autour de l’américaine Trina Robbins et de Chantal Montellier. Elle associe planches de bandes dessinées et contenu rédactionnel. Si la grande majorité des auteurs sont des femmes, les hommes ne sont pas complètement exclus, Tardi ou Moebius par exemple y figurent. Les numéros abordent des préoccupations actuelles et féministes, osant des sujets tabous ou délicats autour de la sexualité féminine, de la violence faite aux femmes ou de l’inceste. “On voulait notre support car à l’époque, il était vraiment très difficile de publier pour une femme, explique Chantal Montellier. Il y avait des résistances plus ou moins conscientes de la part du milieu de la BD quasi exclusivement masculin.” Choquant et provocateur, à partir du quatrième numéro, chaque magazine propose un dossier thématique mis en image sans détours ni concession. Le septième numéro, “les femmes et le crime”, qui aborde les thématiques de la violence est interdit pour pornographie. Le contenu dérange et rompt la loi du silence. Alors que le numéro 8 parle d’homosexualité, le 18 Août 1978, un arrêté publié au Journal Officiel interdit le magazine Ah ! Nana de vente aux mineurs. Le numéro 9, dont le dossier thématique est consacré à l’inceste, est immédiatement censuré pour pornographie. Cette sanction frappe fort, car elle interdit la publicité et l’affichage, reléguant le magazine aux rayons pornographique des librairies spécialisées. Piégées par leur contenu, mises à l’index, les auteures de Ah ! Nana ont fait les frais de leur combat, alors que paradoxalement, la bande dessinée de l’époque emprunte facilement à la pornographie et au machisme. Ah ! Nana reste une expérience originale et avant-gardiste dans ses revendications sur la condition féminine, dont la plupart des auteures sont tombées dans l’oubli, à l’exception de Chantal Montellier, Nicole Claveloux ou Florence Cestac.

Ecrit par Lucie Servin sur www.bdsphere.fr

 

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